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Lettre de Didier ROBERT au Syndicat National des Journalistes (SNJ)

7 décembre 2018

Lettre de Monsieur Didier ROBERT, Président de la Région Réunion au Syndicat National des Journalistes (SNJ) suite à la parution ce vendredi 7 décembre 2018 d’un article de presse dans les pages du Quotidien de la Réunion et de l’Océan Indien.
SNJ, 33 rue du Louvre, Paris 75002



Monsieur le Premier secrétaire du Syndicat National des journalistes,

Je tiens aujourd’hui par la présente à vous informer sur des pratiques journalistiques qui ont cours dans un média réunionnais, en totale contradiction avec la Charte du SNJ sur l’éthique professionnelle des journalistes, ainsi qu’avec l’autre texte de référence en matière de déontologie qu’est la Charte européenne des devoirs et des droits des journalistes de 1971.
Si les manquements par ce journal sont répétés ces dernières années, j’ai décidé de vous entretenir sur un article en particulier en raison de la gravité des accusations mensongères qu’il porte et ce, d’autant plus dans un contexte social extrêmement tendu dans son espace géographique de diffusion.

Le Quotidien de la Réunion et de l’Ocean Indien a ainsi affiché le vendredi 7 décembre 2018 en Une un portrait de ma personne avec ces titres : « TRANSPARENCE DES RÉMUNÉRATIONS / RÉVÉLATIONS / DIDIER ROBERT NE DIT PAS TOUT ».

Une double page intérieure signée par le journaliste Franck CELLIER prétend ensuite démontrer qu’au titre de PDG d’une Société Publique Locale, j’aurais perçu certaines sommes importantes de façon, si ce n’est illégale, du moins illégitime, immorale, infondée et volontairement cachée. L’article se structure autour de cette accusation énoncée clairement dès le chapeau de l’article : «  En même temps qu’il annonce renoncer à sa rémunération de 6800 € comme PDG des Musées régionaux, Didier ROBERT empoche un chèque de 111 870 €.  »

Le journaliste appuie ses allégations sur un histogramme qu’il veut apparenter à une démonstration objective, et dans lequel sont présentées mes prétendues rémunérations depuis 2005.

Le fait est que l’allégation de départ que cherche à démontrer l’article, ainsi que le graphique sur lequel il s’appuie, et par conséquent le titre de Une du journal sont tous complètement faux et mensongers, preuves à l’appui.

Je tiens à votre disposition notamment les documents de l’expert-comptable de la SPL en question qui certifient qu’aucune des sommes que j’aurais prétendument reçues de façon cachée, en particulier le chèque de 111 870 € qui est cité, ne m’a été versée. Ni aucune autre somme du même ordre.
Je tiens encore à votre disposition l’ensemble de mes relevés d’indemnités ainsi que de mes feuilles d’imposition depuis 2005 qui montrent de façon incontestable que les 14 montants de rémunération affichés de façon très visible dans le graphique sont tous absolument faux.

Ces accusations mensongères et diffamatoires s’inscrivent dans un contexte particulier qui est celui à La Réunion depuis le 17 novembre d’une double-crise majeure, à la fois sociale et de confiance dans les représentants institutionnels, telle que la connaît la métropole, amplifiée ici par des inégalités sociales encore plus prononcées, héritées du passé de La Réunion et du lent rattrapage économique et social mis en œuvre au cours des dernières décennies.

De telles prétendues informations, qui laissent entendre que des sommes très importantes ont été perçues de façon cachée et abusive par un élu local ont évidemment un impact explosif sur une population en souffrance et en perte de confiance.
Les conséquences sur les réseaux sociaux ont d’ailleurs été immédiates, avec un flot déversé en continu tout au long de la journée d’insultes haineuses, de menaces et d’appels au meurtre - je les tiens à votre disposition.

Je veux préciser que dans ce contexte de crise et en amont de la parution de cet article, le conseil régional avait été ouvertement pris d’assaut, le 19 novembre, par des agresseurs d’une violence extrême qui ont blessé des personnels de la collectivité et clairement montré leur intention de s’en prendre physiquement à ma personne, alors que je me trouvais dans les lieux. J’ai ensuite été menacé de mort à plusieurs reprises. Des membres de ma famille l’ont été aussi. La maison de mon épouse a subi trois tentatives d’incendie.

Le journaliste et son organe de presse n’ignorent pas ce contexte de menaces sur mon intégrité physique et celle de mes proches. Pour autant, depuis plusieurs mois, et à nouveau dans cet article, le Quotidien de la Réunion mène très clairement une campagne de discrédit ciblée à mon encontre et à l’encontre de mon entourage personnel et professionnel.
Je tiens à votre disposition la copieuse collection des articles qui sous-tendent mon propos.

La liberté de la presse est une clé de notre démocratie. Elle peut être d’opinion ou de parti pris. J’ai défendu, et continue à le faire, cette dimension et considère en toute conscience notre chance de vivre dans un pays où les institutions sont protégées, le droit établi, excluant ainsi acte de coercition par la menace ou la violence.
Le droit de la presse est largement intégré dans mon fonctionnement.

Cela étant, la liberté de la presse s’accompagne d’une responsabilité qui est celle de l’exigence constante de recherche de vérité et d’honnêteté, telle qu’explicitée dans la Charte d’éthique professionnelle des journalistes du SNJ.
Je m’interroge sur ce point sur l’absence flagrante de respect par ce journal et par ce journaliste de ce texte incontournable.
Aucun des principes de base énoncés dès les premiers paragraphes de la Charte ne sont appliqués dans l’article mensonger et à charge que je viens d’évoquer. Ils sont aussi largement bafoués au travers de l’acharnement notoire dont ce journal et ce journaliste font preuve à mon encontre depuis de nombreux mois.

Permettez-moi de citer ces principes essentiels énoncés par la Charte :

« Le journalisme consiste à rechercher, vérifier et situer dans son contexte, hiérarchiser, mettre en forme, commenter et publier une information de qualité (….). C’est dans ces conditions qu’un journaliste digne de ce nom tient l’esprit critique, la véracité, l’exactitude, l’intégrité, l’équité, l’impartialité pour les piliers de l’action journalistique ; tient l’accusation sans preuve, l’intention de nuire, l’altération de documents, la déformation des faits (…) pour les plus graves dérives professionnelles ».

Absence de vérification, inexactitude de l’information, partialité dans la démarche : aucun des piliers de l’action journalistique n’a été respecté dans cet article.
Accusation sans preuve, intention de nuire, déformation des faits : les plus graves dérives professionnelles sont en revanche, selon vos propres critères de jugement, clairement établies.

La charte dit encore que « la notion d’urgence dans la diffusion d’une information ou d’exclusivité ne doit pas l’emporter sur le sérieux de l’enquête et la vérification des sources. »

À aucun moment, Franck CELLIER n’a cherché à vérifier auprès de moi ou de mes collaborateurs ses informations sur le prétendu encaissement par mes soins d’un chèque de 111 870€ - je tiens à votre disposition les différents mails de ses échanges avec mes collaborateurs.
De fait, l’objet principal des deux pages de son article et de la Une du journal repose sur une information non vérifiée, exprimée sans réserve, autant dire sur un mensonge. Aucune précaution n’est prise pour affirmer que j’ai perçu ce chèque, pas même l’emploi du conditionnel. Il n’y a aucune réserve. L’intention de nuire est patente et délibérée.

Compte tenu de l’ensemble des éléments que je vous rapporte, les démarches judiciaires adaptées ont été entamées dès aujourd’hui à l’encontre du Quotidien de La Réunion et de l’Océan Indien et de son journaliste, Franck CELLIER.
J’ai aussi exercé dès cet après-midi mon droit de réponse au cours d’une conférence de presse qui s’est tenue au sein de la collectivité.

Désormais, je vous sollicite en tant qu’instance représentative des journalistes dont la charte d’éthique professionnelle fait référence au plan national en matière de déontologie pour que vous puissiez me faire connaître votre positionnement sur cette affaire.
Vous avez à plusieurs reprises exprimé clairement votre souhait qu’une instance de déontologie de la presse en France soit créée. Une mission de la ministre de la Culture a été lancée fin septembre pour ce faire. Néanmoins, en l’absence à ce jour d’une telle structure, je vous demande de bien vouloir confirmer publiquement et dans les meilleurs délais les manquements éthiques et déontologiques graves opérés par la Quotidien de la Réunion et de l’Océan Indien et de son journaliste, Franck CELLIER, dans le cadre de cet article.

La responsabilité des élus de la République est aujourd’hui au centre des attentions, et c’est un sujet d’intérêt parfaitement légitime. Mais je considère que tous les acteurs institutionnels, instances syndicales y comprises, doivent à tout moment assumer eux aussi leurs responsabilités.

Didier ROBERT
Président de la Région Réunion