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Une terre réunionnaise de toutes les couleurs

Culture
8 mai 2020

Le Président Didier ROBERT appelle à partager la mémoire avec les plus jeunes pour parvenir à ériger ensemble une terre réunionnaise de toutes les couleurs, de toute les tolérances et de toutes les audaces.

Le 10 mai 2020 marque la 15ème Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage, et de
leurs abolitions.
Cette journée permet de mettre en exergue au niveau national une partie de l’Histoire des Outre-Mer,
de notre île. En résonance notamment avec le 20 décembre 1848, date de l’abolition de l’esclavage
à La Réunion.

C’est dans ce souci de mémoire, que la Région Réunion soutient depuis des années le projet de « La
route de l’esclave et de l’engagé dans l’océan Indien » initié par l’historien réunionnais Sudel Fuma.
Les étapes de cette route sont matérialisées par différentes stèles installées à Madagascar, à Mayotte,
en Inde, au Mozambique, à Maurice, en Chine et à La Réunion, qui permettent de revisiter une
période importante de notre histoire marquée par l’esclavage. Ces itinéraires lieux de mémoire
relient les principaux lieux de départ et d’arrivée des travailleurs - esclaves ou engagés - transportés
pour les besoins de l’économie coloniale aux 17e siècle, 18e siècle et 19e siècle.
De nombreux historiens, écrivains, associations comme Historun et acteurs culturels, accompagnés
et soutenus par la Région, continuent aujourd’hui d’oeuvrer pour la valorisation et la transmission de
ce projet phare.

Le 10 mai à La Réunion

Chaque année, à l’occasion de la commémoration du 10 mai, la collectivité régionale soutient
l’organisation d’une grande action menée par l’association Codem sur la commune de Sainte-
Suzanne (conférences, ateliers pédagogiques, expositions, visites patrimoniales, spectacles, films…).
En 2020, la Région a fait le choix d’accompagner l’Association Musique Culture Océan Indien
(Amcoi) dans la réalisation d’une plaquette reprenant les différentes cartes postales et itinéraires de
la route.
A l’initiative de l’association Historun, un autre projet sera également soutenu par la collectivité.
L’association Historun projette, dans le cadre du 15e anniversaire de la route de l’esclave à La
Réunion et du 10e anniversaire de la route en Inde en 2020, la réalisation d’un ouvrage de référence
sur l’histoire de la route de l’esclave, l’organisation d’un évènement en Inde en rassemblant les
différents pays de la zone concernée par le projet.

La présentation complète de l’ensemble de ces projets est à retrouver sur cette page.

Pour Didier Robert, président de la Région Réunion : « En tant que Réunionnais, nous portons
toujours en mémoire et dans notre chair les épisodes les moins glorieux de notre histoire. Le temps
de l’esclavage, celui de l’asservissement de tant de femmes et d’hommes emprisonnés aux chaînes
de l’ignominie. Le temps de l’injustice, du rejet de toutes les facettes de notre culture mélangée.
C’est de tout cela, du bon comme du mauvais, que nous devons nous inspirer en permanence pour
parvenir à ériger ensemble une terre réunionnaise de toutes les couleurs, de toutes les tolérances et
de toutes les audaces. »

Zoom sur le marronnage

La pandémie actuelle a bouleversé nombre de nos habitudes et projets. C’est dans ce contexte que la
Région Réunion, à l’appel de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage, propose de mettre en
lumière une tranche de l’Histoire de La Réunion, le marronnage, sous forme numérique.

A partir du 8 mai 2020, la collectivité régionale met à disposition des Réunionnais sur son site
internet (www.regionreunion.com) des ressources numériques qui valorisent les travaux sur la
thématique du Marronnage, avec la mise en ligne de l’adresse du site « maronages.re » sur lequel
figurent tous les éléments de l’exposition « Maronage : Refuser l’esclavage à Bourbon au 18e
siècle » :
- Bibliographie sélective et mise en contexte de différentes sources littéraires dont le roman
historique d’Eugène Dayot « Bourbon pittoresque » ;
- Parcours pédagogique de l’exposition avec les grandes figures féminines et masculines du
marronnage ;
- Cartographie du marronnage et du Royaume de l’intérieur ;
- Signification originelle malgache des toponymes de La Réunion ;
- Les expressions artistiques de cet héritage singulier ;
- Rappel de l’édition de l’ouvrage « Esclavage et Marronnages : refuser la condition servile à
Bourbon (l’île de La Réunion) au XVIIIe siècle » en vente sur le site de l’éditeur Riveneuve
Editions à Paris (1000 exemplaires seront livrés ce mois-ci au Service Régional de
l’Inventaire de la Région Réunion).

La date du 10 mai
Instituée par la loi n°2001-434 dite Taubira du 21 mai 2001 qui a reconnu l’esclavage colonial comme un crime contre l’humanité, le 10 mai est devenu, depuis 2006, la « Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions ».
L’occasion pour la France d’honorer le souvenir des esclaves et de commémorer l’abolition de l’esclavage. De nous souvenir de tout ce que la France d’aujourd’hui doit à l’esclavage, aux résistances et aux combats pour l’abolir, et aux populations qui en sont issues. D’engager des réflexions sur le respect de la dignité humaine et la notion de crime contre l’humanité.
Fête citoyenne et fraternelle, elle est ainsi l’occasion de célébrer l’identité mondiale de la France, sa diversité, sa culture créolisée.


La Route de l’esclave et de l’engagé dans l’océan Indien

Il ne l’a pas simplement dit, il l’a construit, réalisé …
ces itinéraires de mémoire
Hommage à notre historien pays : Sudel Fuma

Le déclic est venu lorsque Sudel Fuma, présent en février 2004 au lancement officiel « de l’année internationale de commémoration de la lutte contre l’esclavage et de son abolition » pour l’Afrique Australe et Orientale de l’océan Indien. L’Unesco, à ce moment-là, décida de réorienter le projet en élargissant son action à d’autres zones géographiques peu couvertes jusqu’ici dans l’océan Indien. L’Unesco accorda son feu vert à son digne représentant, directeur de la Chaire en poste à La Réunion, pour le recensement et la réalisation de ces itinéraires.

Le projet débuta en 2006 et n’était qu’un prolongement du programme de collecte de traditions orales liées à la traite négrière effectuée dans la région. Cette collecte réalisée pendant 3 ans par la chaire UNESCO de La Réunion s’est terminée en 2004 avec la publication des actes du colloque international « mémoire orale et esclavage dans les îles du Sud-Ouest de l’océan Indien » : « silences, oublis, reconnaissances ».

L’objectif principal du projet « Stèles de mémoires » lancé en 2004 par la Chaire Unesco de La Réunion était de jalonner le parcours de la traite négrière dans l’océan Indien, stèles illustrant ainsi les liens entre les Mascareignes, Madagascar, l’Afrique, l’Inde et la Chine.

Furent érigés sur les lieux de mémoire :
- EN 2004, stèles à Fort-Dauphin (Madagascar) et à Saint-Paul (La Réunion) pour symboliser l’histoire entremêlée de ces deux îles.
- Création d’un « Jardin de la Mémoire » à l’Ilha au Mozambique dans les murs d’un ancien entrepôt d’esclaves en 2007.
- En 2009, un monument mémoriel et symbolique fut érigé à L’île Maurice.
- Toujours en 2009, une stèle installée dans l’archipel des Comores (Mayotte).

Points forts du projet

- Pose d’une stèle en 2010 à Pondichéry. Pondichéry fut non seulement un lieu de destination mais également le point de départ d’engagés, d’esclaves, un carrefour de la traite négrière et de la traite des engagés.
- Le 13 octobre 2013, ce programme s’est achevé en Chine avec la pose d’une stèle dans le village de SONG KOU dans la province de Canton.

La mise en place de ces Itinéraires de mémoire, a été possible grâce à la détermination et à l’engagement d’un grand historien, vrai héros créole : Sudel FUMA.

Le mot d’ordre de l’association HISTORUN aujourd’hui, c’est de poursuivre, sauvegarder, transmettre tout le travail de cet historien hors pair.

Dans plusieurs régions de l’océan Indien, la mémoire de l’esclavage a été enfouie et occultée par un véritable complot du silence des autorités et des élites. Ce ne fut que dans la période postcoloniale que les historiens vont se pencher sérieusement sur cette douloureuse question et briser ainsi le silence à travers des recherches scientifiques pluridisciplinaires. Il nous appartient de poursuivre le travail engagé en écrivant une page d’histoire nouvelle, à ventiler dans le système éducatif tous les outils pédagogiques élaborés par des spécialistes, et canaliser les ressentiments hérités de cette histoire douloureuse et tragique.

L’Association Historun de La Réunion, créée et présidée jusqu’à sa disparition par Sudel FUMA, va poursuivre son œuvre et la partager avec le plus grand nombre.

LES DIFFÉRENTES ETAPES

La première étape de la Route de l’esclave dans l’océan Indien occidental est réalisée le 8 décembre 2004 à Fort-Dauphin, haut-lieu de la traite des esclaves du Sud de Madagascar.

Le 16 décembre 2005, la ville de Saint-Paul à La Réunion inaugure à son tour un lieu de mémoire qui s’inscrit dans le cadre de la Route de l’esclave. Une artiste réunionnaise, Dolaine Courtis, et un artiste malgache, Rabemananjara, réalisent sur le front de mer de la ville, six sculptures de pierres, rappelant l’arrivée des premiers esclaves malgaches de la diaspora.

Après Madagascar et La Réunion, un jardin de la mémoire est créé le 23 août 2007 à l’Ilha da Mozambica au Mozambique, île où étaient entreposés les esclaves du continent avant leur départ pour les îles de l’océan Indien.

L’Île Maurice, le 1er février 2009 et Mayotte, le 27 avril 2009, reçoivent les œuvres d’artistes sculpteurs pour honorer la mémoire des ancêtres esclaves. À Maurice, « Le Morne », montagne qui symbolise la résistance des esclaves marrons et qui est classé patrimoine de l’Unesco en 2009, est choisi comme lieu d’accueil des stèles mémoires. À Mayotte, le Conseil général de ce territoire français, détaché politiquement de l’archipel des Comores depuis le 6 juillet 1975, propose le littoral de la commune de Mamoudzou pour l’installation des œuvres d’art. Celles-ci seront réalisées par un artiste mahorais, un artiste mozambicain, un artiste malgache et une artiste réunionnaise.

Le 22 janvier 2010, la ville de Pondichéry accueille la Route de l’esclave et de l’engagé en Inde. Un artiste indien sculpte un bateau de pierre orienté vers les îles de l’océan Indien, témoignage contemporain des liens entre l’Inde et sa diaspora.

Pour terminer la décennie de la Route de l’esclave dans l’océan Indien et les continents ayant contribué au peuplement de cette zone géographique, la dernière étape du programme a été finalisée le 13 octobre 2013 à Meixxian en Chine du Sud. En effet, pendant la période de l’esclavage et surtout pendant celle de l’engagisme, des Chinois, principalement hakkas et cantonnais, ont été transportés dans les îles de l’océan Indien, participant eux aussi au processus de créolisation (Tsang Man King 2013).

PHOTOS
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