Un pas supplémentaire pour la reconnaissance de l’histoire de La Réunion
Une stèle en hommage aux esclaves Réunionnais morts sans sépulture
[Mis en ligne le:12/11/2009]
Parmi les hommages rendus, ceux des représentants des autorités religieuses de l’île
Le texte inscrit sur la stèle
pour en savoir plus : discours et vidéoPour la première fois en plus de 3 siècles et demi d’existence, les Réunionnais ont pu enfin rendre hommage à leurs ancêtres, ces enfants, ces femmes, ces hommes, arrachés à leur terre natale, transportés dans des bateaux négriers, jetés sur l’île de La Réunion, achetés, vendus, fouettés, torturés, martyrisés et morts… sans sépulture. Une initiative de la Région Réunion et de la Maison des Civilisations et de l’Unité Réunionnaise.
Le choix de la date, la veille de la Toussaint, n’a pas été choisie au hasard : tous les Réunionnais se font un devoir d’aller rendre hommage aux membres de leur famille décédés. De leur proche famille… car les ancêtres de bon nombre de Réunionnais reposent dans la terre réunionnaise, sans sépulture. Le régime de l’esclavage les a rayés de l’histoire. Et, par la suite, c’est de la mémoire des Réunionnais qu’on a voulu les effacer.
Aujourd’hui, un pas supplémentaire a été franchi, pour qu’enfin, l’histoire de La Réunion soit connue et reconnue. La Région Réunion et la Maison des Civilisations et de l’Unité Réunionnaise ont invité les Réunionnais à se rassembler au cimetière du Gol, le seul endroit de l’île, où, grâce au Père Lafosse, quelques Réunionnais, esclaves, ont pu avoir une sépulture.
Ce 31 octobre 2009 est donc le premier hommage d’une longue série : ce cimetière est devenu le symbole du rassemblement et le lieu de pèlerinage pour tous les Réunionnais qui voudront honorer la mémoire de tous leurs ancêtres.
Le Président Vergès saluait l’assemblée par ces mots « mes frères et sœurs de La Réunion, mes chers compatriotes » de « toutes les ethnies, de toutes les religions,de toutes les couches sociales » réunis « pour un acte d’une portée historique », initié par la Région Réunion, « fière de cet acte et consciente de ses responsabilités » dans ce premier hommage rendu « à ces centaines de milliers de femmes et d’hommes, nos ancêtres privés de sépulture et dont l’âme, disent les Réunionnais, continue à sillonner tous les sentiers de La Réunion ». La Région est donc consciente de cette responsabilité écrasante, vis-à-vis de l’histoire et de l’avenir. « On a voulu nous faire oublier 183 ans de notre histoire, de 1635 à 1848. On a voulu nous priver de notre histoire et nous faire oublier l’esclavage. C’est un scandale incroyable dans l’histoire d’un peuple », 183 ans d’esclavage, période régie par le Code noir qui réduisait ces femmes et ces hommes, ces enfants à l’état d’objet. Déni d’humanité du temps de leur vivant, déni d’humanité après leur mort, puisqu’ils n’avaient pas le droit à la moindre tombe. Chacun peut remonter sa lignée, mais pendant 183 ans, ces hommes et ces femmes n’ont pas eu ce droit légitime, ne sachant pas où les ossements de leurs ancêtres reposaient. « Ce caractère totalement inhumain marque l’état d’esprit des esclavagistes » et cela au moment même où, à 10.000 km de là, la France connaissait les débuts de l’essor des idées de liberté, de fraternité, et d’égalité. A ce moment-là, la France commençait sa Révolution et évoquait les Droits de l’Homme. 183 ans de déni d’existence pour ces esclaves. Et la tentative pour faire oublier cette histoire des Réunionnais descendants d’esclaves a même pris une forme totalement démesurée : une statue pour Labourdonnais et la restauration de la maison de Villèle, familles connues pour leurs convictions esclavagistes. C’est ainsi que, même après ces 183 ans d’histoire, « on a continué à honorer ceux qui ont été les dominants et on a oublié les dominés ». C’est pour combler cet oubli que la Région, une instance officielle, a lancé le signal d’un hommage à rendre aux ancêtres : tous les ans, les Réunionnais seront invités à se souvenir, devant cette stèle, au cimetière du Père Lafosse, afin de rendre hommage « à ces orphelins dans l’histoire et sans ancêtres », à ceux qui « ont préparé La Réunion d’aujourd’hui ». Maintenant, il faut « faire émerger ces 183 ans d’histoire et montrer comment se sont comporter nos ancêtres », et dans cette sorte de guerre qui a opposé les Réunionnais, les barbares n’étaient pas ceux qui ont été désignés. Ces marrons qui sont partis dans les hauts de l’île, qui ont défendu leur qualité d’être humain, « ce sont eux les êtres humains, les civilisés ». Aujourd’hui, il faut donc renverser les choses et rétablir la vérité : les barbares, ce sont ceux qui ont maintenu l’esclavage et ôté toute dignité à ces enfants, ces femmes, ces hommes, que l’on a fait voyager dans des bateaux négriers, dans des conditions totalement inhumaines, à qui on a refusé le droit de porter un nom, de pratiquer une religion. « C’est la conspiration du silence sur cette période ». Certes, il y a eu – tardivement – la célébration du 20 désamb, vite appelée « fèt kaf ». Sans prendre la mesure du fait que ce sont ces Réunionnais, par leur capacité de résistance, qui ont transmis des valeurs qui sont celles de la culture réunionnaise d’aujourd’hui. Notamment le maloya, inscrit maintenant au patrimoine mondial immatériel de l’UNESCO, mais aussi le moringue, le séga… et toutes les traditions orales, les contes…
« C’est notre responsabilité humaine, politique, c’est notre responsabilité de Réunionnais que de faire connaître notre histoire » de la faire connaître aux descendants de celles et ceux qui durant des siècles ont été asservis et au-delà, de la faire connaître à tous les Réunionnais. S’adressant à toutes et tous ceux, représentants ces religions différentes présentes à La Réunion, le Président Vergès lançait « chacun a trouvé le chemin de la rencontre » une rencontre qui doit continuer à perdurer et pour que personne n’oublie, cette stèle a été érigée. « Nous sommes au début d’une réappropriation de notre Histoire » expliquait le Président Vergès en précisant : « nous ne sommes pas l’addition mais l’intégration de tous ces apports culturels » Des apports qu’il faut continuer à renforcer, car on peut certes faire des routes et tout autre équipement, mais le plus important, pour la Région, le plus grand investissement est celui fait « dans la tête de tous les Réunionnais, pour que les Réunionnais se dressent, fiers de leur passé ». Cette stèle est l’un des symboles de l’histoire réunionnaise réappropriée, dans le respect des identités de chacun et de l’égalité de toutes les cultures. Et pour rendre hommage à ces Réunionnaises et Réunionnais, morts dans l’indifférence mais dont l’âme nous appelle à résister, cette stèle doit devenir lieu de pèlerinage et de mémoire. « C’est une tâche libératrice à laquelle nous nous attelons aujourd’hui » concluait le Président Vergès.
Parmi les hommages rendus, ceux des représentants des autorités religieuses de l’île
Madame Baba et Aline Murin Hoarau : « … Nous n’avons plus honte de vous. Nous ne voulons plus vous oublier (…).Vous êtes des héros qui ont brandi la bannière, le drapeau de la liberté, vous êtes nos héros morts dans la dignité dans le courage au nom de la liberté (…).Une lumière pour mieux vivre ensemble sur notre belle terre réunionnaise. Tous nos zancet malgaches et Africains, sé zot nout fors. Nous vous honorons aujourd’hui ».
Jean-René Dreinaza : il en appelait à la paix pour préserver l’équilibre de La Réunion.
Daniel Singaïny évoquait ces quelques Indiens mis en esclavage avant l’engagisme ;
Père Léopold : il a lu une prière en malgache, traduite en français, évoquant ces destins tragiques des peuples déracinés.
Idriss Issop Banian : il évoquait la nécessité de rendre hommage à ses enfants, à ses femmes, à ses hommes morts sans sépulture, de garder dans notre mémoire ce qu’ils ont été, afin de conforter notre vivre ensemble ;
Swammi Prémananda : « puisse les êtres de toutes les sphères être heureux ».
Fuendi Cassine : il lançait un vibrant hommage à ceux qui, partis de force des Comores, ont sombré dans l’oubli de tous.
Charline Allane : quelques mots et un geste pour honorer ces femmes et ces hommes morts dans l’indifférence
Cheikh Aly N’Daw : qui évoquait l’exemplarité de la fraternité à La Réunion
Le texte inscrit sur la stèle
« Des centaines de milliers d’enfants, de femmes et d’hommes ont été arrachés à leur terre natale pour être mis en esclavage sur cette île, de la fin du 17e siècle jusqu’à l’abolition de 1848.
Le Code Noir les réduisait à l’état de "biens meubles".
L’esclavage colonial les a privés de sépulture et a effacé toute trace de leur présence.
Tout être humain a droit au souvenir.
Par ce monument, nous réparons cet oubli.
Nous rendons hommage à leur vie, à leur courage et à ce qu’ils nous ont légué ».
pour en savoir plus : discours et vidéo
le discours du président
L’hommage en vidéo
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