Conférence de presse du Président de la Région Réunion, Paul Vergès, le 25 janvier 2007
Un accord dans l’intérêt de La Réunion
[Mis en ligne le:25/01/2007]L’accord historique signé à Paris, le vendredi 19 janvier 2007, (portant sur le financement conjoint de l’Etat et de la Région Réunion de ces deux ouvrages majeurs que sont la nouvelle route du littoral et le tram train) a suscité dans l’île de nombreux commentaires et mis en évidence une certaine confusion née d’une analyse erronée de la situation.
Triple situation d’urgence
Depuis 50 ans, la route du littoral porte en elle des éléments d’insécurité et d’émotion. Livrée en 1963, elle a été remplacée dès 1976, par une route annoncée comme devant être totalement sécurisée. Il n’en a rien été. L’effondrement d’une partie de la falaise, le 24 mars 2006, a entraîné la fermeture totale de la route pendant un mois ; cela a mis en évidence que cet axe est stratégique pour La Réunion et qu’il détient une place capitale dans l’économie réunionnaise : Les automobilistes devaient emprunter la route de la Montagne, ce qui s’est accompagné d’embouteillages gigantesques dans le village et de pertes de temps considérables pour tout un chacun, ce qui se traduit économiquement par des pertes financières importantes. C’est pour cela que la Région, par la voix de son Président, à demandé à l’Etat - qui a reconnu ses responsabilités vis-à-vis de cette route -, d’accélérer les études pour la construction d’une nouvelle route totalement sécurisée. L’Etat a fait appel aux collectivités locales pour qu’une solution puisse être trouvée, la Région s’est dit prête à y contribuer. Une prise de position, rappelait le Président Vergès, qui s’est assortie « d’une campagne de calomnie »à son encontre.
Il y a aussi urgence à plus long terme : en effet, le parc automobile de La Réunion était, en 2005, de plus de 338.000 voitures. Il augmente chaque année de plus ou moins 30.000 unités. Dans moins de 7 ans, le parc réunionnais devrait ainsi comporter 500.000 voitures…Et il faut au moins 10 ans entre le moment où l’idée de la création d’une route est évoquée et celui où celle-ci est mise en service. D’où la nécessité de lancer les études, dès aujourd’hui, pour prolonger cette route en moyenne altitude (la continuité de la Route des Tamarins), avec déjà des extensions en études entre Plateau Caillou et Sans-Souci. A terme, la liaison entre l’ouest et le Sud s’étendra de Stella (Saint-Paul) aux Lianes (Saint-Joseph). Il y a également la nécessité d’apporter une alternative à l’automobile : c’est le tram train. Celui-ci, à terme, reliera Saint-Benoît à Saint-Joseph. Le Président Vergès l’a clairement réaffirmé : « nous le réaliserons, car les hommes passent et les besoins deviennent toujours de plus en plus contraignants », tout en soulignant que c’est la position de la CIVIS et de la CIREST (les regroupements des communes du Sud et de l’Est) qui « a dicté à la Région son changement de programme et abouti à la définition d’un premier tronçon allant de Saint-Paul à La Mare (Sainte-Marie) ». Sans tram train, c’est l’assurance de l’impasse de la circulation.
Enfin, la troisième urgence concerne le financement. Deux documents extrêmement importants pour l’aménagement du territoire sont en passe d’être signés : d’une part, le Contrat de Plan Etat Région et d’autre part, les Programmes Opérationnels Européens. « Ce sont deux projets qui viennent booster l’économie réunionnaise » précise le Président Vergès qui donnait l’exemple de la Route des Tamarins, « un élément décisif non seulement en termes d’aménagement du territoire » mais aussi en termes d’emplois puisque le chantier a permis « la création de 3.000 emplois : 1.500 emplois directs et 1.500 emplois induits ». Or ces deux documents de programmation, qui couvrent la période 2007/2013, en termes financiers sont « équivalents à deux fois la route des Tamarins ». Ainsi, « les effets, concernant l’emploi, seront beaucoup plus importants ». Le Président Vergès a d’ailleurs annoncé que, dès maintenant, la Région, en partenariat avec le monde professionnel, travaille à l’élaboration des plans de formation de ces jeunes Réunionnais, qui vont être appelés à occuper de nouveaux emplois et de nouveaux métiers : non seulement ceux induits directement par le tram train (conducteurs, agents de maintenance, sécurité, personnel dans les stations etc.) mais aussi ceux nés de la nécessaire réorganisation des dessertes actuelles (cars et bus) : « nous avons maintenant à travailler avec les maires, avec les responsables des Etablissements Publics de Coopération Intercommunale pour aménager des zones, destinées à accueillir les parkings, pour élaborer des nouveaux plans de circulation ». Cette réorganisation du transport collectif permettra également de créer des emplois.
Aller plus loin
« La signature de ce document est historique, nous devons aller plus loin, nous avons une obligation morale et économique dans l’Est et dans le Sud ». Il s’agit donc maintenant de créer les conditions pour que sur la période 2014/2020 des efforts tout aussi conséquents soient faits, pour poursuivre l’action engagée.
« Après une période de morosité, la confiance est revenue pour le monde économique, pas seulement pour le BTP. Des perspectives nouvelles sont créées : il nous faut renouveler cet accord historique pour prolonger cette action en termes d’aménagement du territoire. Nous aurons alors pris les initiatives nécessaires pour trouver une solution aux problèmes, sans se contenter de répéter inlassablement : en 2030, il y aura un million d’habitants ».
La Région a toujours associé les deux projets : tram train et route du littoral, et ce, sur la totalité de l’itinéraire. Or, la position de l’Etat est de ne plus participer au financement des transports en commun en site propre, en France métropolitaine. Pour la Région, il n’était pas possible de rester figé sur cette position. D’où la proposition de la Région à l’Etat : la Région participe au financement de la nouvelle route du littoral, l’Etat s’engageant, lui, à participer au tram train. Cela a été la base des négociations entre l’Etat et la Région. Celles-ci ont abouti à ce protocole d’accord, chiffrant la participation de l’Etat à 435 millions d’euros pour le tram train et celle de la Région à 191 millions pour la route du littoral.
Et si, 2016 est l’année de la livraison de la nouvelle route du littoral, tout ne sera pas achevé pour le tram train. « Il faut donc que le principe du financement partenarial établi pour le Nord et l’Ouest soit appliqué pour l’Est et le Sud ».
2,3 milliards d’euros d’investissement
Avec l’accord sur le financement de la nouvelle route du littoral et du tram train, ce sont plus de 2,3 milliards d’euros qui sont injectés dans l’économie réunionnaise. Cela va permettre la création de très nombreux emplois. Cette somme, rajoutée à celles contenues respectivement dans le CPER et les POE, correspond 80% de l’activité économique réunionnaise. Le Président Vergès devait souligner qu’il était dommage que le débat, à La Réunion, se focalise sur la question du péage, évinçant, de fait, les conséquences économiques de l’accord.
Péage
Il rappelait que « tous les jours, les automobilistes paient un péage sur l’actuelle route du littoral, mais ils ne s’en rendent pas compte ». En effet, les ralentissements, les embouteillages, les fermetures, les basculements etc. ont un coût certain, ce coût va peser de plus en plus lourd au fil des années. Et le Président Vergès de s’interroger sur les arguments avancés par ceux qui s’opposent au péage. « La nouvelle route permettra un gain de temps, de productivité, c’est un élément décisif dans la vie économique », non seulement pour les entreprises, mais aussi pour les particuliers. Et ce, d’autant plus qu’au moment de la mise en place du péage, à la livraison de la nouvelle route du littoral, en 2017, on peut se demander ce que représentera 1 euro ? Quel sera alors le prix du litre d’essence ?
Sans oublier que La Réunion peut s’inspirer de ce qui se passe ailleurs, en France ou dans le monde : application de tarifs modulés en fonction de nombreux paramètres, accès préférentiel aux véhicules adoptant le principe du covoiturage etc.
Concession
Le recours à la concession est une solution classique. Si les contributions directes couvrent au maximum le coût de réalisation des ouvrages, la plus faible partie revient au privé, que ce soit par la concession (pour la nouvelle route du littoral) ou le recours au partenariat public privé (pour le tram train).
Avant les négociations, la simulation financière demandée par la Région avait indiqué que le montant estimatif du « loyer » que la collectivité aurait à s’acquitter pour le tram train pouvait être de 80 millions d’euros. Après les négociations, au vu du montant investi par l’Etat, ce « loyer » ne représente plus que la moitié de l’estimation initiale, puisque ramené à « 47 millions d’euros ». « La Région a donc toute les marges de manœuvres pour continuer à réaliser les autres investissements à venir ».
Des élus réunionnais responsables
Le Président Vergès expliquait que la Région avait lié la question du transfert des compétences pour la gestion des routes nationales à la sécurisation de la route du littoral, celle-ci devant également être assortie de la maîtrise d’ouvrage par la Région. « Nous aurons alors fait la démonstration que les élus réunionnais sont capables de sécuriser une route qui n’a pas été sécurisée en 50 ans ». La responsabilité de la Région en cas d’accident grave ne peut être engagée, tant que n’est pas livrée la nouvelle route. En outre, en cas de dépassement du coût des travaux, la responsabilité de la Région n’est pas plus engagée que celle de l’Etat, puisque les deux partenaires participeront, dans les mêmes proportions que celles fixées par l’accord, au surcoût éventuel.
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