"Mesdames et Messieurs A partir du 17eme siècle la Mobilité des européens et des populations des Îles et du pourtour de l’océan Indien a permis le peuplement et le développement de l’ile de la REUNION. Cette mobilité (entrante et sortante) a été voulue pour certains, contraintes pour d autres. Une histoire, une culture de la mobilité existe à la Réunion. C’est ce qui fait de nous aujourd’hui un peuple métis, vivant dans une harmonie culturelle et cultuelle dont nous sommes fiers. Département français de puis 1946, RUP depuis 1992, le chômage des jeunes en particulier, n’a cessé d augmenter à la Réunion pour atteindre 60% aujourd’hui. C’est le plus fort taux régional de chômage en Europe. Voila le constat que nous faisons en cette année 2012. Dans ces conditions nous nous interrogeons sur l’adéquation du cadre réglementaire, à notre situation. Nous sommes actuellement un peu plus de 800 000 réunionnais. Nous serons sans doute 1million en 2030. 1/3 de la population a moins de 25 ans. Compte tenu de cette tendance démographique et de l’incapacité dans laquelle nous sommes malgré les efforts conjugués de tous les acteurs locaux, nationaux et européens d’offrir une formation et un emploi durable a tous nos jeunes, la mobilité est pour nous une nécessité .., elle est obligatoire si nous voulons atteindre les objectifs de l’Europe 2020 et préserver la cohésion sociale. Notre population est jeune mais dans moins de deux décennies l’accélération du vieillissement sera spectaculaire. De ce fait, nous sommes face à des défis paradoxaux :
• dans l’immédiat permettre à notre jeunesse de se former et d’acquérir une expérience professionnelle hors de l’ile ;
• mais dès a présent préparer son retour afin de développer une économie locale a laquelle ils apporteront indéniablement une valeur ajoutée en matière de technicité et d’entreprenariat ;
• A contrario, la mobilité est aussi un choix politique d’offrir a chacun la possibilité de s’ouvrir au monde d’étudier dans des filières choisie, de permettre à chaque réunionnais quelle que soit son origine sociale de construire « son »parcours de vie, d’atteindre son meilleur niveau. Le Conseil Régional de la Réunion travaille depuis quelques années a une économie inclusive, en rapprochant les formations des besoins des entreprises, dans 4 secteurs prioritaires d’activité que nous avons choisi : Le tourisme, l’agroalimentaire, les énergies renouvelables et les TIC Néanmoins la pression démographique est actuellement largement supérieure à la croissance économique qui nous permettrait d’accompagner tous nos jeunes vers une insertion professionnelle locale. Nous devons donc mettre en place une Mobilité accompagnée, sécurisée et alternante (c’est à dire permettant d’aller et venir librement entre les territoires et comme disait Mr BARROSO lors de son discours d’investiture de permettre à tout européen y compris originaire des RUP de « vaquer à ses occupations » .Pour cela différentes mesures ont été mises en œuvre :
• Tout d abord la Continuité Territoriale : En partenariat avec l’Etat et avec l’accord de l Europe des aides financières individuelles s’adressent au grand public. Elles permettent de réduire le cout du billet d’avion entre la réunion et la métropole..Actuellement ces aides sont allouées exclusivement aux résidents réunionnais .Nous souhaitons pouvoir les attribuer aux réunionnais ayant fait le choix d une mobilité professionnelle en Europe afin de les aider a revenir régulièrement sur notre ile .Elles sont le préalable à une mobilité alternante et vécue comme une valeur ajoutée dans un parcours de vie. En effet Aujourd’hui nous sommes confrontés à une vraie inégalité des chances concernant la Mobilité sortante. Vécue comme un atout par les classes sociales les plus aisées elle est ressentie du fait du cout très élevé des billets d’avion comme une mobilité quasi définitive par les plus défavorisés. L’impossibilité de retours réguliers au pays auprès de la famille, pilier de notre Culture commune, est en effet le premier frein a la mobilité sortante identifie par les études statistiques. L’UE doit nous autoriser à attribuer ces aides, de même elle doit nous autoriser des aménagements aux lois de la concurrence sur un marché aérien captif.
• D’autre part, une réflexion est actuellement menée pour promouvoir l’apprentissage des langues étrangères et ouvrir ainsi de nouveaux pays d échange et d accueil. Notre volonté est de trouver des terrains de stages a l’extérieur de la REUNION et de rapprocher la formation de nos jeunes des bassins d’emploi. Nous innovons en permanence sur le choix des pays partenaires et diversifions les choix de parcours même si le nombre de personnes concernées par chaque destination est parfois faible. Les zones ou nous intervenons sont actuellement les suivantes :
➢ La grande Zone Océan Indien est un lieu de stages dans le cadre du codévelopement mais le niveau de vie de ces pays ACP n’incitent pas nos jeunes à s’y installer pour travailler. C’est une réalité ;
➢ Par contre l’Australie attire les jeunes réunionnais mais le cout de la formation et les difficultés liées aux visas, en font une destination difficile.
➢ Avec la France métropolitaine nous travaillons avec les réseaux d’I.U.T, les écoles d’infirmières et ciblons des régions ayant un potentiel de formation et d’emploi. La Région Auvergne par exemple en ce qui concerne l’aéronautique et les métiers de bouche. De même, grâce a l’Europe nous proposons des formations d’infirmière en Belgique ou d’électrotechniciens en Allemagne.
➢ Enfin le Québec est une de nos destinations historiques. L’objectif est clairement de se former et de vivre au Québec. Ce programme a débuté en 2003 et est réalisé grâce au FSE. Nous avons actuellement sur place 1.000 jeunes dont 40% sont en emploi. Les frais de formation sont pris en charge par le gouvernement québécois. Sur place une salariée de la Région réunion travaille en étroite collaboration avec le ministère de l immigration et de l’éducation du Québec afin d’accompagner les jeunes dans leur formation et leur Première recherche d’emploi. Cette présence permanente, cet accompagnement quotidien est la clef de la réussite de ce projet. Bien sur nous souhaitons que l’aide de l’Europe soit pérennisée. Enfin, consciente de l’enjeu que représente l’accompagnement de sa jeunesse, la Région REUNION a ouvert sur son territoire 4 guichets « jeunes » qui proposent une aide personnalisée aux publics scolaires, étudiants et aux jeunes chômeurs Nous les aidons a se retrouver dans les méandres des aides proposées par les institutions locales, l’État et l’Europe car l’information et l’orientation constituent la première étape indispensable un parcours réussi en Mobilité.
Nous avons donc une vraie volonté politique de promouvoir la mobilité mais nous rencontrons aussi sans conteste de vraies difficultés à la mettre en œuvre. Ces difficultés sont dues à la réalité de l’ultra périphérie et en particulier l’isolement au sein de pays ACP et l’éloignement du continent européen. Des aides financières européennes existent aujourd’hui hui : le FSE, programmes horizontaux qui hélas ne sont généralement pas adaptés au RUP malgré l’article 349. Nous nous efforçons d’utiliser ces aides avec discernement et pertinence mais le taux de chômage de notre jeunesse de 60 % et une mobilité entrante et sortante insuffisantes montre qu’elles ne sont pas parfaitement adaptées. Des outils uniques, simples et lisibles par tous qui tiennent résolument compte de l’ultra périphérie doivent être mis en œuvre, et nous souhaitons vous en proposer quelques uns. Dans son rapport d’octobre 2011, Pedro SOLBES a mis l’accent sur la complexité du programme Erasmus et en particulier l’exigence d’associer un certain nombre de partenaires établis dans plusieurs État membres. Ceci pose des problèmes a toutes les universités des RUP et en particulier a la REUNION qui isolée dans l’hémisphère sud est éloignée de plus de 10 000 km du premier état membre de l’Union. Cette réalité inciterait à ce que la Commission envisage de lancer des appels à propositions en faveur de la mobilité des jeunes des RUP. Depuis plusieurs années nous soulignons les difficultés entrainées par la non prise en charge du billet d’avion entre les RUP et la métropole dans le cadre du programme Erasmus. Aujourd’hui nous demandons que notre proposition soit actée dans ERASMUS WORLD et que le cout du voyage entre la Réunion et la métropole soit pris en compte. Nous n’avons en effet rien noté en ce sens comme solution à ce problème pourtant soulevé dans le rapport SOLBES dans la communication de la commission du 20 juin 2012. Certains pourraient douter que notre éloignement pénalise la mobilité de notre population, que les surcouts générés par notre éloignement soit un frein aux échanges. La BCE vient de nous donner avec exemplarité un témoignage que notre ultra périphérie peut encore en 2012 entrainer l’éviction des RUP de projets pour les jeunes. En effet je cite « l’exclusion des RUP de l’initiative « EURO RUN COMPETITION 2012 est simplement lié à des contraintes budgétaires ». En la matière, ce courrier est édifiant et illustre les contraintes financières de notre éloignement. Enfin je voudrais finir sur une note positive en rappelant que la Réunion constitue un poste avancé de l’UE dans l’ océan indien capable d’ offrir des formations de qualité dans un contexte politique et sanitaire sécurisés et proposer que soit étudié un dispositif adapté de type ERASMUS entre les pays de la zone océan indien et La Réunion favorisant ainsi une politique active de coopération régionale, axe majeur de notre stratégie de développement. Aujourd’hui, ERASMUS POUR TOUS ne couvre pas nos voisins. Je suis consciente que d’une RUP à l’autre les paramètres changent, les solutions différent, mais la communauté de destin de ces frontières avancées de l’UE et notamment de leur jeunesse, nous imposent aujourdhui d imaginer une réflexion commune, de discuter ensemble de la simplification et de la prise en compte de la réalité de nos Régions ultrapériphérique par l’Union dans de très brefs délais afin que soit préservée la cohésion sociale locale. Nous ne pouvons accepter en 2012 que 60% de notre jeunesse soit au chômage sans rêves sans futur. C’est je crois l’avis commun de l’ensemble des élus des RUP.