Conférence du District 9220 Rotary International

Le 27 avril 2017
Le District 9220 Rotary international a tenu sa conférence 2017 au MOCA. L'événement qui se tient sur plusieurs jours a été lancé par le Président de la Région, Didier ROBERT. Le District 9220 couvre sept pays/régions : Comores, Djibouti, Madagascar, Maurice & Rodrigues, Mayotte, Réunion et les Seychelles.

LE DISCOURS PRONONCE PAR DIDIER ROBERT :

Monsieur le Gouverneur du District, Monsieur Dominique POTA

Monsieur le Président de la Conférence, Monsieur Yves GRONDIN

Monsieur le Gouverneur personnel du Président du Rotary International, Monsieur Yaovi TIGOE

Mesdames et Messieurs les élus,

Rotariens, Rotariennes,

Mesdames et Messieurs,

Je suis très heureux et très honoré de pouvoir répondre aujourd’hui à votre invitation pour l’ouverture de la Conférence du District 9220 du Rotary International.

Je souhaite la bienvenue à La Réunion à chacune des délégations qui ont fait le déplacement des Comores, de Djibouti, de Madagascar, de Maurice, de Rodrigues, de Mayotte et des Seychelles.

Permettez-moi avant toute chose de saluer l’engagement et le travail que vous réalisez inlassablement en faveur de l’intérêt général, avec le souci constant d’aller à la rencontre des personnes les plus en difficulté. Vous êtes à l’origine, sur chacune de nos îles, dans vos pays respectifs, de nombreux projets exemplaires ; de toute une série d’actions qui peuvent très bien se résumer au thème que vous avez choisi pour l’année 2016-2017 : « le Rotary au service de l’humanité ».

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Je voudrais ici en mon nom personnel, celui du Conseil Régional de La Réunion que je représente, celui des Réunionnais bien sûr, vous remercier très chaleureusement pour ce dévouement sans faille que vous portez aux autres.

Je voudrais ce soir, en quelques mots, partager avec vous l’idéal du projet Régional que nous portons depuis 2010, un nouveau modèle de développement pour lequel nous avons, à notre niveau, souhaité placer l’Homme Réunionnais au cœur de l’action publique.

Bien sûr que nous parlons investissements publics, politiques de grands chantiers, accompagnement des entreprises, soutien à l’économie. Mais l’essentiel n’est pas là. La finalité que nous poursuivons est bien celle de tendre vers toujours plus d’égalité des chances. Si je devais résumer en un mot le pilier principal de notre action, c’est bien celui de la solidarité.

Parce que je considère qu’il ne peut y avoir de réussite économique sans cohésion sociale. Parce que j’estime que le progrès n’a de sens que s’il est partagé pour tous.

Mais l’acte de solidarité, vous le savez, doit s’exercer d’une manière à la fois digne, respectueuse et constructive pour les populations qui en bénéficient, quel que soit le lieu, le pays où l’on agit. C’est une façon d’agir que je partage, je pense, avec bon nombre d’entre vous, même si, et j’en suis parfaitement conscient, l’action politique est et restera toujours fortement suspecte et décriée par un certain nombre de nos concitoyens. Mais je considère évidemment que nous n’agissons pas pour nous-mêmes mais bien pour le bien commun, quelles que soient les critiques posées à l’encontre de la femme ou de l’homme politique.

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Aminata TRAORE, ancienne ministre du Mali, une femme particulièrement engagée qui a notamment créé le premier écoquartier à MISSIRA, dans la capitale BAMAKO, exprime parfaitement l’enjeu qui doit sous-tendre l’aide au niveau international quand elle déclare au sujet de son Etat et de l’Afrique de façon plus générale :

« Il s’agit moins de mendier l’argent des pays riches que de nous ressaisir, de renégocier la plupart des accords de coopération et d’œuvrer pour la relocalisation des économies et du pouvoir de décision (…) La question fondamentale est celle du paradigme du développement et de la transparence. »

Nicolas HULOT, créateur en France de la Fondation éponyme pour la Nature et l’Homme, personnalité engagée de longue date pour la défense de l’environnement, a lancé avec près de 80 ONG, pendant le mois qui a précédé le premier tour des élections présidentielles en France, un « appel des solidarités », pour inciter les différents candidats à s’engager dans la lutte contre les inégalités et faire de la solidarité la pierre angulaire de leurs actions.

J’adhère pleinement à la conviction de Nicolas HULOT quand il affirme, permettez-moi de le citer :

« La solidarité n’est plus une option morale. C’est une condition à la paix sociale. »

Cette solidarité doit s’exercer, envers ceux qui aujourd’hui, autour de nous, souffrent. Elle doit s’exercer aussi, envers les générations futures, envers nos enfants qui auront, si nous n’agissons pas de façon collective et volontariste dès maintenant, à souffrir bien plus que nous des conséquences dramatiques par exemple du dérèglement climatique.

Il y a deux ans, j’avais eu le privilège de m’exprimer devant votre assemblée à Maurice. J’avais alors plaidé pour le nécessaire développement de la coopération régionale au sein de l’océan Indien, un enjeu que j’ai placé depuis 2010 au cœur de l’action de la collectivité.

Derrière cet engagement politique, derrière mon implication pour faire entrer La Réunion dans un cycle vertueux de développement durable au sein de son espace géographique, il y a une dimension fondamentale qui prime, c’est la dimension écologique, au sens le plus large du terme, celle dont l’enjeu consiste à instaurer la meilleure relation possible entre l’homme et son environnement, entre l’homme et la nature.

Nous savons désormais qu’au niveau mondial l’adéquation entre les populations et les moyens de subsistance à long terme est plus qu’incertaine. La sécurité alimentaire représente le premier défi de l’humanité.

Aujourd’hui, près d’un milliard d’humains souffrent de sous-alimentation et deux milliards de malnutrition. À l’avenir, l’impact exponentiel du dérèglement climatique sur cette réalité est évident.

Déjà, en cette heure, plus de 24 000 espèces de la faune et de la flore sont menacées d’extinction dans le monde.

L’homme continue de maltraiter ce qu’il a reçu de plus précieux en partage.

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Je reprendrai ici les mots de Nicolas HULOT :

« La Terre est devenue une serpillière (…) La société dans laquelle on est, ressemble à un avion de ligne où tous les voyants seraient au rouge dans le cockpit et où à l’arrière on continue, soit à boire le champagne, soit à se quereller. »

À La Réunion, à notre niveau, avec les moyens qui sont les nôtres, nous avons décidé d’aller voir dans le cockpit ce que nous pouvions faire pour contribuer à redresser la situation. Depuis plus de six ans, nous apportons, à notre échelle, avec toute la créativité et le savoir-faire des acteurs locaux, des réponses concrètes à la menace que font peser sur notre île les bouleversements climatiques.

Nous sommes en train, à La Réunion, de relever le défi d’inventer collectivement un modèle qui nous ressemble, une voie réunionnaise qui allie sécurité, compétitivité, qualité de vie et solidarité. Un modèle qui valorise nos atouts, en premier lieu desquels un patrimoine naturel d’exception, reconnu par l’UNESCO, ainsi qu’une biodiversité exceptionnelle.

Je considère que mon rôle d’élu, de militant de la solidarité, est d’accompagner la transition de La Réunion vers cette bio-économie compétitive, c’est-à-dire vers un modèle économique qui s’inscrive, qui s’inspire et qui préserve notre environnement.

On a trop voulu et on veut encore trop aujourd’hui opposer économie et écologie.

Je suis pour ma part convaincu que ces deux impératifs sont totalement conciliables, et que l’axe du développement durable constitue en réalité une véritable opportunité pour la croissance économique.

C’est le sens de l’action engagée au travers du soutien au tourisme durable, aux énergies renouvelables, à la valorisation de la biodiversité, à la mise en œuvre d’une économie circulaire comme logique de gestion des déchets, ou encore à l’économie numérique.

A titre d’exemple, pour La Réunion, notre objectif est de tendre progressivement à l’autonomie électrique à l’horizon 2030. Nous avons atteint à ce stade la barre des 38%.

Ce sont chaque année plusieurs dizaines de millions d’euros que nous consacrons à ces programmes.

Ce sont chaque année plusieurs milliers de Réunionnais que nous rallions à cette démarche en leur permettant aussi de profiter pleinement des progrès réalisés. Le KW solaire coûtera au final toujours moins cher que le KW charbon, même si nous devons supporter encore collectivement à ce stade le coût collectif de l’investissement. A titre d’exemple, en 4 ans, 2000 familles auront pu bénéficier d’une aide directe de la Région pour l’installation de panneaux photovoltaïques individuels sur le toit de leur maison. Au total, c’est pour chacune d’entre elles une économie réalisée de 30 à 40% de leur facture électrique et autant de moins pris au final sur le réseau traditionnel de l’opérateur.

Je pourrais, pour illustrer encore mon propos, préciser ainsi la prise en compte systématique de la dimension environnementale dans tous les grands chantiers que nous engageons.

C’est vrai, par exemple, pour le programme que nous avons dénommé « Trans-éco-express », un programme que nous inscrivons comme le nouveau modèle de transport en commun pour l’île - Transport en commun en site propre, modes guidés de déplacement, mise en chantier du nouveau monorail à Saint Denis d’ici 2021, réalisation de nombreuses aires de covoiturage partout dans l’île…

C’est encore la même démarche dans laquelle nous nous inscrivons avec le chantier de la Nouvelle Route du Littoral : 12 km de voies prises sur la mer, éloignées de la falaise pour régler une fois pour toutes la question des éboulis et de la sécurité des usagers. Sur ce chantier, ce sont près de 85 millions d’euros, soit 5 % du budget total, qui seront mobilisés pour la restitution du site en l’état et pour la préservation des milieux physiques et naturels. Ce chantier qui aurait pu apparaître de prime abord comme un risque pour la préservation de notre paysage, nous avons réussi au contraire à en faire un projet exemplaire, notamment sur cette notion du moindre impact environnemental.

Sur ce programme d’investissement de plus de 1 milliard et demi d’euros, des procédés innovants sont aujourd’hui mis en œuvre : des filets de géotextiles sont déployés pendant les travaux pour éviter que les matières en suspension ne se déposent sur les coraux. De multiples moyens sont mis en place pour mesurer et réduire le bruit tels que des rideaux de bulles. Des espaces d’habitats nouveaux seront construits pour l’ensemble de la faune marine autour des piliers en mer de cette nouvelle voie...

Sur le sujet précis de la biodiversité marine, je voudrais encore partager avec vous un projet qui me tient particulièrement à cœur, celui du « Chemin des Baleines ».

Avec des associations comme Abyss ou Globice à La Réunion, des spécialistes reconnus des milieux marins, notre objectif est de défendre un espace sanctuaire pour les baleines et les mammifères marins dans l’Océan Indien. En relation avec une association de Madagascar en pointe elle aussi sur le sujet, l’association Cétamada basée à Sainte Marie, nous travaillons à faire reconnaître au patrimoine mondial de l’Humanité par l’UNESCO le « Chemin des Baleines ». L’idée étant de préserver cet espace et de sortir les grands navires des routes empruntées par les baleines à bosse dans leurs longues promenades annuelles de l’Antarctique jusqu’aux côtes de La Réunion, de Madagascar ou du canal du Mozambique.

C’est avec l’ensemble des responsables politiques des îles de l’Océan Indien que nous avons posé ainsi cette initiative du « Chemin des baleines », à l’occasion de la conférence internationale pour un Tourisme durable organisée en septembre 2013, ici, à Saint Denis de La Réunion, sous l’égide de l’Organisation Mondiale du Tourisme.

Cette démarche est aujourd’hui partagée par les sept îles partenaires de l’association des Iles Vanille, une organisation que nous avons créée en 2012 et qui regroupe l’île Maurice, Madagascar, les Seychelles, Mayotte, les Comores et La Réunion.

Nos îles participent ensemble à développer et à promouvoir un tourisme vert et bleu, écologique et durable. Nous avons clairement conscience que c’est la seule voie réaliste si nous voulons inscrire notre action dans la durée.

Les Seychelles, en particulier, se posent en pionnières de l’économie bleue. Je veux profiter de l’occasion pour rappeler leur initiative originale baptisée « échange de dette contre projets d’adaptation », qui propose aux grands créanciers de racheter avec décote de la dette pour la mise en place d’aires marines protégées et contribuer ainsi à diminuer les effets du dérèglement climatique. (Les Seychelles ont ainsi obtenu une annulation de leur dette –-30 M$ - par le Club de Paris, un groupe informel de créanciers publics, en échange de la création d’un plan marin très précis de leur espace maritime, qui définit les zones à protéger et celles réservées au tourisme ou à la pêche).

L’initiative a été présentée à Paris, en décembre 2015, en marge de la COP 21 à d’autres petits états insulaires dont certains l’ont depuis également mise en œuvre.

J’ajouterai enfin, que la réussite nous attend à la condition d’assurer la continuité, l’inventivité et la cohérence de nos actions sur le long terme, et de savoir aussi nous faire entendre et partager au plan mondial nos expériences.

« Dieu se rit des hommes qui déplorent des effets dont ils continuent de chérir les causes », disait Bossuet.

Je ressens, je dois l’admettre, une certaine colère, quand j’entends de grands dirigeants internationaux de grands pays piétiner les efforts accomplis en termes de sensibilisation du grand public au cours des dernières décennies, lorsque ces mêmes dirigeants nient sans vergogne et en totale contradiction avec l’ensemble de la communauté scientifique, l’impact de l’activité humaine sur le réchauffement climatique.

C’est bien évidemment un non sens et une absurdité que de le penser et de le dire. Nous portons tous une vraie part de responsabilité dans le dérèglement du monde. La question qui est posée est bien celle aujourd’hui de rectifier, de corriger, de proposer une autre voie et un autre modèle. Il s’agit bien ici, et cela à tous les niveaux, de travailler à réconcilier économie et écologie, à redonner toute sa place à l’homme par le respect des solidarités élémentaires. Je sais que vous êtes sensibles à ces valeurs que vous portez au quotidien. J’espère vous avoir convaincu sur le sens de l’action publique que nous portons ici à La Réunion pour une réussite collective à laquelle je crois délibérément .

Voilà ce que je souhaitais partager avec vous aujourd’hui. Vous exprimer mon engagement profond et sincère pour un développement durable et solidaire de La Réunion et plus largement du bassin océan Indien auquel nous appartenons.

Vous dire ma conviction pleine et entière que le monde de demain sera écologique ou ne sera pas.

Merci de votre écoute.

Et je déclare officiellement ouverte la XXIème Conférence du District 9220 du Rotary International.

Je vous remercie de votre attention.

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